Vous avez entendu parler du HyFlex sans vraiment savoir ce que ça recouvre ? Vous n’êtes pas seul. Ce mot circule dans les couloirs des universités, dans les appels à projets du Ministère, dans les salons EdTech. Voici les réponses directes aux questions que tout le monde se pose, suivies d’un tour du monde de ce que ça donne vraiment sur le terrain.

Les réponses rapides avant d’aller plus loin

C’est quoi le HyFlex ? Le HyFlex (contraction de Hybrid et Flexible) est un modèle d’enseignement qui offre aux étudiants trois façons d’assister au même cours : en personne dans la salle, en direct à distance via une connexion synchrone, ou en différé via un enregistrement. L’étudiant choisit librement son mode, séance par séance.

C’est quoi la différence avec le hybride classique ? Dans un cours hybride traditionnel, le format est décidé par l’établissement : certaines semaines en présentiel, d’autres à distance. Dans un cours HyFlex, c’est l’étudiant qui décide à chaque session. La flexibilité passe de l’institution à l’apprenant.

HyFlex et comodalité, c’est la même chose ? Oui, c’est le même concept. La comodalité est le terme utilisé en France et dans une partie de la francophonie pour désigner exactement ce que les Anglo-Saxons appellent HyFlex.

Qu'est ce que l'HyFlex ?

L’origine du HyFlex, San Francisco, 2005

Le HyFlex est né d’un problème concret : en 2005, Brian Beatty, professeur en technologies de l’éducation à San Francisco State University, fait face à une situation délicate. Le programme de master en Instructional Technologies qu’il dirige attire principalement des étudiants régionaux en présentiel. Mais pour développer les effectifs, il faudrait ouvrir à des étudiants à distance. Sauf que basculer entièrement en ligne signifie perdre les étudiants locaux qui apprécient le présentiel, et l’institution n’est pas prête pour ça.

Son équipe a cherché des modèles hybrides existants dans l’enseignement supérieur, sans en trouver un qui réponde précisément à leur besoin. Beatty invente alors une solution nouvelle : un même cours, accessible simultanément en présentiel, en synchrone à distance et en asynchrone. L’étudiant choisit son mode librement, sans se justifier, séance après séance.

Le terme « HyFlex » apparaît officiellement lors de l’année académique 2006-2007. Le modèle s’appuie sur quatre valeurs fondatrices que Beatty formalisera ensuite dans ses travaux : le choix de l’apprenant, l’équivalence des expériences entre modes, la réutilisabilité des contenus, et l’accessibilité universelle.

Le modèle reste confidentiel pendant une dizaine d’années, adopté par quelques dizaines d’universités pionnières. Puis le Covid-19 frappe. Et le HyFlex devient soudainement la réponse évidente à la question que tout le monde se posait en même temps : comment continuer à enseigner quand les campus ferment ?

HyFlex et comodalité : deux mots, un seul concept

Le terme HyFlex est américain. Il a voyagé, et en chemin, il a changé de nom selon les pays et les institutions.

En France, on parle de comodalité. Au Canada, certaines universités québécoises parlent d’enseignement multi-accès. Au Royaume-Uni, on trouve « converged learning » ou « flexible hybrid ». Aux États-Unis même, plusieurs établissements ont créé leur propre marque : Peirce College appelle ça « Peirce Fit », d’autres utilisent « BlendFlex », « FlexLearning », « Trimodal » ou encore « Mode-Neutral Learning ».

Derrière tous ces noms, c’est le même principe : l’étudiant accède au cours via le mode qui lui convient ce jour-là, sans que son choix n’affecte ses résultats ni son parcours.

La différence entre HyFlex et blended learning est importante. Le blended learning alterne des séquences en présentiel et des séquences à distance, généralement selon un calendrier fixé à l’avance. Le HyFlex, lui, donne à l’étudiant la clé du choix.

Qui pratique l’HyFlex dans le monde ?

Le HyFlex n’est plus une expérimentation de niche. Une revue systématique publiée en 2025 documente sa mise en place dans 12 pays, dont l’Australie, le Canada, la Chine, le Royaume-Uni et les États-Unis. Voici ce que ça donne concrètement dans les établissements pionniers.

États-Unis : le pays du HyFlex massifié

SF State est logiquement l’université la plus avancée sur le sujet. Aujourd’hui, 40 à 50 cours officiellement HyFlex y sont proposés chaque semestre, et autant de cours hybrides informels où les enseignants laissent les étudiants choisir leur mode sans le formaliser administrativement. L’université a équipé une quarantaine de salles pour soutenir ce modèle.

Columbia University a suivi. L’université new-yorkaise a déployé cameras et microphones dans ses salles de cours pour créer des environnements HyFlex, avec des guides pédagogiques complets pour accompagner les enseignants.

UC Berkeley School of Dentistry est un exemple plus récent et inattendu. En partenariat avec Logitech et Zoom, l’école a étendu son dispositif de 1 à 4 salles HyFlex, avec une clinique en cours de construction à Emeryville qui intégrera plus de 20 salles équipées dès 2026. La médecine et les formations de santé sont des terrains particulièrement fertiles pour le HyFlex, pour des raisons pratiques évidentes : les étudiants sont régulièrement en stage, en déplacement clinique, indisponibles.

Australie : l’Université du Queensland publie le guide de référence mondial

L’Université de Southern Queensland (USQ) est devenue une référence internationale. En 2025, elle a publié sous licence Creative Commons le guide HyFlex le plus complet disponible en accès libre : « HyFlex Learning and Teaching: A Guide for Educational Innovation« . Ce livre, co-écrit par les Drs Julie Lindsay et Lisa Jacka, couvre tout, du design pédagogique à l’évaluation des apprenants. C’est la ressource la plus citée dans la littérature récente sur le sujet.

Royaume-Uni : King’s College London, un déploiement d’urgence devenu modèle

King’s College London a mis en place le HyFlex pendant l’été 2020, en trois mois, pour répondre aux restrictions Covid. Le retour d’expérience a été documenté et publié dans une revue scientifique, ce qui en fait l’un des cas les plus étudiés en Europe. Les équipes du KCL y décrivent les défis pédagogiques concrets : comment gérer une salle physique et une salle virtuelle en même temps, comment éviter que les étudiants à distance ne se sentent spectateurs passifs.

Suède : une étude sur les effets réels sur les étudiants

Une étude publiée en 2025 dans une revue académique internationale a suivi des étudiants en licence de sciences du sport dans une université suédoise pendant un semestre complet en HyFlex. L’objectif : mesurer les perceptions réelles des apprenants, au-delà des discours institutionnels. Les résultats confirment l’appréciation de la flexibilité, tout en pointant la nécessité d’une équivalence authentique des expériences entre modes.

France : Montpellier, cinq ans de comodalité dans les amphis de droit

La France n’est pas en reste, et un exemple mérite d’être raconté en détail.

La faculté de droit de l’Université de Montpellier diffuse l’intégralité de ses cours magistraux en amphi en direct et en replay depuis plus de cinq ans. Le principe est simple : l’étudiant vient s’il peut, suit de chez lui en direct s’il le préfère, ou regarde le replay plus tard. Pas de démarche à faire, pas de justification à donner. C’est la définition exacte du HyFlex appliqué à l’université française.

Techniquement, la solution repose sur les caméras Kast de Kalyzée, associées à une plateforme de diffusion Pod et à une automatisation complète via agenda Google, développée par les équipes Kalyzée. Le déclenchement du cours est automatique : dès que l’amphi est réservé dans l’agenda, le système lance la captation et la diffusion. Le prof arrive, enseigne. Il ne touche à rien.

Ce cas est important parce qu’il montre que le HyFlex n’exige pas nécessairement des investissements pharaoniques ni des changements pédagogiques radicaux. Quand la technologie est bien conçue, elle disparaît.

Les solutions technologiques pour mettre en place un cours HyFlex

Un cours HyFlex nécessite trois briques technologiques : capter le cours en salle, le diffuser en direct, et le rendre disponible en replay. Selon les outils choisis, l’expérience pour l’enseignant et pour l’étudiant peut être radicalement différente.

Kalyzée Connect : captation multi-flux, diffusion synchrone & asynchrone de salles

Kalyzée est une solution française de salle comodale développée depuis 2014. Elle équipe une cinquantaine de salles dans des universités, grandes écoles et organismes de formation, dont la faculté de droit de Montpellier, de nombreuses écoles, et plusieurs prépas.

Son architecture est pensée pour le live simultané : la captation démarre automatiquement depuis l’agenda de l’établissement, sans intervention de l’enseignant. Plusieurs flux sont diffusés en parallèle (professeur, tableau, TBI, salle), et l’étudiant à distance choisit ce qu’il agrandit à l’écran. Le replay est disponible immédiatement après le cours.

La plateforme intègre des fonctionnalités pédagogiques natives : émargement automatique, tchat, quiz, sondages, tableau blanc collaboratif, possibilité pour un étudiant distant de prendre la parole. Elle s’intègre aux principaux LMS et ENT du marché.

diffusion hybride solution

Sa nuance par rapport à d’autres solutions : Kalyzée couvre à la fois le synchrone et l’asynchrone avec la même infrastructure, sans outillage additionnel. Le tarif est de l’ordre de 1 euro par étudiant et 150 euros par salle par mois, avec dégressivité selon le volume.

Zoom et Microsoft Teams : puissants mais initialement pensés pour des réunions

Zoom et Teams sont les outils les plus utilisés dans le monde pour le HyFlex, notamment dans les universités américaines. Leur ubiquité est un vrai avantage : tout le monde les connaît, les étudiants savent s’y connecter.

Mais enseigner en HyFlex avec Zoom ou Teams, c’est un autre exercice que de rejoindre une réunion. Et les tutoriels des universités qui les utilisent le montrent bien.

À l’Université d’Oregon par exemple, le guide officiel d’installation d’une salle HyFlex avec Zoom liste les étapes suivantes : allumer le panneau Crestron, sélectionner HDMI, connecter l’ordinateur via HDMI au Crestron et via USB à la caméra et au microphone, démarrer la session Zoom, sélectionner manuellement la caméra Logitech dans les paramètres Zoom, sélectionner le microphone dans les paramètres Zoom, activer le partage d’écran pour que les étudiants distants voient la présentation, vérifier que le microphone n’est pas en sourdine. Et c’est avant de commencer à enseigner.

Zoom interface

Les enseignants sont invités à arriver le plus tôt possible en salle, à lancer leur session Zoom avant d’entrer, à vérifier que les étudiants distants entendent bien et voient l’écran, et à surveiller régulièrement le chat Zoom pour capter les questions des participants en ligne.

L’exemple de l’Oregon n’a rien d’exceptionnel. Tous les enseignants que nous avons rencontrés dans le cadre de déploiements HyFlex, quelle que soit leur université, font face aux mêmes frictions : la mise en route technique à chaque cours, puis la récupération et la publication manuelle du replay une fois la séance terminée.

Ce n’est pas insurmontable, mais cela demande un apprentissage réel. Beaucoup d’enseignants signalent que cette charge cognitive s’ajoute à la charge pédagogique du cours lui-même, et que ça se ressent sur la qualité de l’enseignement, au moins au début.

Zoom et Teams restent d’excellents outils pour la visioconférence et les réunions pédagogiques ponctuelles. Pour un déploiement HyFlex systématique à l’échelle d’un établissement, leur usage demande un accompagnement soutenu des équipes enseignantes.

Webex et BigBlueButton : des alternatives selon les contextes

Webex (Cisco) est très présent dans les établissements de santé et les grandes institutions, souvent déjà équipés de matériel Cisco. Il offre des fonctionnalités de salle HyFlex comparables à Zoom, avec la même logique de configuration manuelle.

BigBlueButton (BBB) mérite une mention particulière dans le contexte français. Entièrement open source, intégré nativement à Moodle, il est très adopté dans les universités et les organismes de formation publics qui cherchent à maîtriser leur infrastructure numérique.

Sa limite principale dans un usage HyFlex est l’absence de multi-flux natif : l’étudiant distant reçoit un flux unique, sans pouvoir choisir entre la vue du professeur, du tableau ou de la salle. Il n’existe pas non plus d’automatisation native avec le calendrier de l’établissement.

Panopto et Ubicast : les références de la captation et du replay

Dans la catégorie des solutions dédiées à la captation automatique de cours et à la gestion de vidéothèques pédagogiques, deux acteurs se distinguent selon les contextes géographiques.

Panopto est la référence mondiale dans les universités anglophones. 21 des 25 meilleures universités mondiales au classement Times Higher Education utilisent Panopto comme technologie d’apprentissage à distance. UCL Londres vient de l’adopter pour remplacer Echo360, l’Université de Leeds et Virginia Tech ont fait de même en 2025-2026. La plateforme couvre l’enregistrement automatique en salle, la gestion de vidéothèque, l’intégration LMS (Canvas, Moodle, Blackboard), le sous-titrage automatique et la recherche dans les contenus vidéo.

Ubicast occupe une position comparable dans l’enseignement supérieur francophone. Fondée en 2007 à Paris, elle équipe Sciences Po Paris (130 salles) et l’Université de Lausanne, avec une architecture similaire : captation automatique via boîtiers Miris, plateforme vidéo Nudgis, intégration Moodle, annotations collaboratives.

Panopto

Ces deux solutions partagent la même logique : elles excellent sur l’asynchrone et la constitution d’une vidéothèque pédagogique accessible aux étudiants à tout moment. Leur périmètre HyFlex couvre bien le troisième mode (replay), mais pas nativement la simultanéité présentiel/distanciel synchrone en multi-flux, qui reste le cœur du modèle.

Exemples de HyFlex qui fonctionnent

Le projet SAMII avec l’ESCAET : le HyFlex pour les apprenants en alternance

L’ESCAET, école de tourisme et CFA à Aix-en-Provence, forme des étudiants en Bachelor et MBA en alternance. Ses apprentis travaillent dans des entreprises dispersées sur tout le territoire, ce qui rend la présence physique régulière à Aix impossible pour une partie de la promotion.

Dans le cadre du projet SAMII, Kalyzée a déployé une solution sur mesure permettant à chaque formateur de diffuser ses cours en direct et en replay, avec traçabilité automatique. Le résultat : les apprentis peuvent suivre leur formation depuis leur lieu de travail sans manquer de contenu, et les équipes pédagogiques disposent des relevés de connexion nécessaires pour les audits Qualiopi.

Les prépas médecine : le HyFlex pour les étudiants sous pression

Plusieurs prépas médecine partenaires de Kalyzée ont adopté le modèle HyFlex pour une raison simple : leurs étudiants ont des emplois du temps imprévisibles, des révisions intensives à gérer, et une pression permanente.

Pouvoir revoir un cours de biochimie à 23h le soir avant un partiel, ou assister en direct depuis la bibliothèque pendant qu’un autre groupe révise en salle, c’est un avantage concret sur les résultats. Dans ces établissements, le taux de visionnage des replays dépasse systématiquement 60% de la promotion dès les premières semaines.

Les obstacles à ne pas sous-estimer au démarrage de votre projet Hyflex

Le HyFlex est séduisant sur le papier. Sur le terrain, plusieurs obstacles reviennent régulièrement dans les retours d’expérience.

Le premier est la charge de travail enseignante. Enseigner simultanément à deux publics, gérer le chat des étudiants distants tout en répondant aux questions de la salle, c’est cognitif. Les universités qui réussissent leurs déploiements HyFlex investissent dans l’accompagnement pédagogique des enseignants, pas seulement dans la technologie.

Le deuxième est l’équivalence des expériences. Un étudiant en salle voit le tableau, entend les échanges informels avant le cours, peut interpeller l’enseignant. Un étudiant distant peut voir la même chose, mais s’il n’y a qu’une seule caméra fixe pointée vers le prof, l’expérience n’est pas équivalente. La qualité technique du dispositif est déterminante.

Le troisième est l’infrastructure. Des recherches publiées en 2024 et 2025 montrent que le succès du HyFlex dépend davantage de l’investissement institutionnel que des efforts individuels des enseignants. Un prof motivé avec du matériel médiocre et sans support technique ne peut pas faire du bon HyFlex seul.

Ces défis ont une solution commune : choisir un outil qui réduit la complexité technique au maximum, pour que l’enseignant puisse se concentrer sur ce qui compte, enseigner.

Ce qu’on retient de l’Hyflex

Le HyFlex est un modèle mature, documenté, déployé dans des dizaines de pays et des centaines d’établissements. Il répond à un besoin réel : des étudiants avec des contraintes différentes qui ont tous droit à la même qualité d’enseignement.

Ce n’est pas une solution miracle. C’est un engagement pédagogique et institutionnel, qui demande les bons outils pour ne pas devenir un fardeau supplémentaire pour les enseignants.

Si vous dirigez un établissement et que vous voulez comprendre ce qu’un déploiement comodal représente concrètement pour votre structure, l’équipe Kalyzée peut vous accompagner, discutons-en !