La formation professionnelle en France est un secteur en pleine recomposition. Budgets publics en baisse, CPF encadré, hybridation généralisée, IA au cœur des plans de montée en compétences : les données 2024-2026 dressent un portrait bien différent de celui d’il y a deux ans. Voici un panorama complet, chiffré et à jour, pour comprendre où en est vraiment la formation professionnelle en France.

Le marché de la formation professionnelle dépasse les 35 milliards d’euros en 2025

Le marché de la formation professionnelle en France génère 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec une croissance cumulée de 25 % depuis 2022. Pour rappel, le chiffre d’affaires des organismes de formation s’élevait à 27,6 milliards en 2022, puis à 28,7 milliards en 2023. La progression, bien que ralentie à +3 % entre 2024 et 2025, reste continue.

De son côté, France Compétences a prévu 15,1 milliards d’euros d’investissement en 2025, répartis principalement entre les formations en alternance (9,6 Md€), le CPF (1,9 Md€) et la formation des demandeurs d’emploi (800 M€). Le budget prévisionnel 2026 est en baisse, fixé à environ 12 milliards d’euros, conséquence directe des mesures d’économies inscrites dans la loi de finances.

IndicateurValeurAnnéeSource
CA des organismes de formation35 Md€2025Modèles de Business Plan
CA des organismes de formation28,7 Md€ (+3 %)2024France Compétences
Investissement France Compétences15,1 Md€2025France Compétences
Budget prévisionnel France Compétences~12 Md€2026Annexe PLF 2026
Dépenses directes des entreprises16,4 Md€ (+1,9 %)2024Jaune Budgétaire 2026
Taux de participation (% masse salariale)3,7 %2023INSEE / DARES
Salariés ayant suivi une formation41 %2023INSEE / DARES
Actifs déclarant s’être formés (tous dispositifs)75 %2025
Nombre d’organismes de formation16 9762024France Compétences

Malgré le ralentissement du budget public, les entreprises continuent d’investir : leurs dépenses directes atteignent 16,4 milliards d’euros en 2024, en hausse de 1,9 % par rapport à 2023. La formation professionnelle reste donc un poste d’investissement stratégique pour le secteur privé.

Qui finance la formation professionnelle ?

Le financement de la formation professionnelle repose sur un modèle mixte, avec une prédominance des fonds mutualisés.

FinanceurPart du CA des OF
OPCO et fonds mutualisés (dont apprentissage)43 % (dont 28 % OPCO apprentissage)
Entreprises (dépenses directes)21 %
Pouvoirs publics (État, régions)17 %
Autres organismes de formation8 %
Particuliers via le CPF5 %
Autres6 %

Source : France Compétences / données 2023

Les organismes publics et parapublics (AFPA, GRETA, CNAM, CCI…) ne représentent que 2 % des structures, mais réalisent 21 % du chiffre d’affaires global, signe de leur poids structurel dans le système.

Le CPF sous pression : ticket modérateur et baisse des budgets

Le Compte Personnel de Formation a connu une évolution majeure depuis 2024. L’instauration d’un reste à charge obligatoire a profondément modifié les comportements des utilisateurs.

  • Mai 2024 : introduction du ticket modérateur à 100 €
  • Janvier 2025 : revalorisation à 102,23 €
  • Avril 2026 : nouvelle hausse à 150 € (décret du 30 mars 2026)

L’impact est mesurable : après un pic de dossiers en début d’année 2024 (plus de 200 000 en avril, par anticipation de la réforme), la consommation s’est effondrée à partir de mai 2024, avec un niveau inférieur de 15 % sur la période mai-décembre par rapport à 2023.

IndicateurValeurAnnéeSource
Formations financées via le CPF1,4 million2024Caisse des Dépôts
Montant total CPF engagé1,9 Md€ (+3 %)2024Annexe PLF 2026
Budget CPF prévisionnel1,31 Md€2026France Compétences
Ticket modérateur150 €2026Décret du 30/03/2026
Comptes CPF actifs41,3 millions2025Caisse des Dépôts
Coût moyen d’un parcours CPF2 231 €2024Mon Compte Formation
1ère formation CPFPermis B (22,3 % des dossiers)2024Caisse des Dépôts

Le budget 2026 de France Compétences pour le CPF tombe à 1,31 milliard d’euros, contre 1,96 Md€ en 2025. Une baisse significative, qui s’accompagne d’une nouvelle restriction : à partir de 2026, le financement du permis de conduire via le CPF est réservé aux demandeurs d’emploi ou aux salariés bénéficiant d’un cofinancement employeur. La formation professionnelle par ce canal entre dans une phase de rationalisation assumée.

Les secteurs qui investissent le plus dans la formation

L’effort de formation varie fortement selon les secteurs. Les données de l’INSEE et de la DARES (enquête Formation Employeur 2023) révèlent des disparités significatives dans le taux de participation financière en pourcentage de la masse salariale.

chiffres top secteur formation professionnelle

Les secteurs où la formation professionnelle est la plus développée (énergie, finance, industrie) sont aussi ceux qui subissent les transformations technologiques les plus rapides. À l’opposé, l’agriculture et l’hébergement-restauration restent structurellement en retrait.

Top 8 des organismes de formation en France

Le marché est dominé par quelques acteurs historiques, tandis que des spécialistes du numérique gagnent du terrain.

RangOrganismeSpécialitéPoint fort
1AFTRALTransport & logistiqueLeader en chiffre d’affaires
2CegosGénéraliste250 000+ stagiaires/an, Top 20 mondial leadership (10e année consécutive, 2025)
3AFPAReconversion / insertion150 000+ personnes/an, 82,6 % taux de réussite
4OrsysTech & managementMeilleur taux d’EBE du secteur
5PromotransTransport & BTP35 ans d’expertise supply chain
6M2iNumérique & digitalDéveloppement, data, cybersécurité
7Adecco FormationRH & emploiPortée nationale, marges solides
8DemosManagement & soft skillsCatalogue large, PME et grands groupes

Les grandes tendances qui redéfinissent la formation professionnelle en 2026

Le blended learning devient la norme

La question du présentiel versus distanciel est définitivement dépassée. En 2025, 65 % des formations délivrées en France adoptent le format blended learning, soit un bond de 17 points de pourcentage par rapport à 2024. Le baromètre Edflex 2026 confirme ce virage : 65 % des entreprises combinent désormais présentiel et distanciel, contre 48 % en 2024.

Dans ce contexte, 65 % des salariés estiment que la formation continue est indispensable pour accéder aux meilleures ressources, contre 51 % en 2024. La formation professionnelle glisse du statut d’événement ponctuel à celui de pratique régulière.

Ce mouvement dépasse le simple e-learning : de plus en plus d’organisations multi-sites cherchent à maintenir la dynamique du présentiel tout en ouvrant leurs sessions à des apprenants distants en temps réel. C’est précisément ce que permettent les plateformes de salle comodale comme Kalyzée Connect. Un formateur anime en salle pendant que des participants distants suivent le même cours en direct, avec les mêmes interactions. Une réponse concrète aux contraintes géographiques, sans sacrifier la qualité pédagogique du face-à-face.

formation professionnelle multi-sites

L’IA : priorité numéro un, formation à la traîne

L’intelligence artificielle s’est imposée dans les usages bien avant d’entrer dans les plans de formation. Selon le 4e Baromètre de la formation professionnelle de Lefebvre Dalloz (février 2026), l’usage de l’IA en milieu professionnel a doublé en un an : 51 % des professionnels déclarent l’utiliser régulièrement ou ponctuellement, contre 25 % un an plus tôt. L’utilisation quotidienne a été multipliée par trois, passant de 9 % à 24 %. Et 59 % des répondants estiment que leur métier évolue sous l’effet de l’IA, soit 8 points de plus que l’année précédente.

Mais les dispositifs de formation n’ont pas suivi. Toujours selon ce baromètre, 54 % des professionnels déclarent n’avoir reçu aucune formation à l’IA. Parmi ceux qui en ont bénéficié, seuls 10 % ont été formés aux enjeux réglementaires et aux risques associés. Le décalage est brutal : les outils s’adoptent en quelques semaines, les plans de formation se construisent en plusieurs mois.

Côté entreprises, le constat est identique. Selon l’étude Trends of AI 2026 de KPMG (janvier 2026, 356 décideurs français), 60 % des grandes organisations ont désormais déployé un dispositif de pilotage transverse pour industrialiser l’IA, et 86 % ont validé une charte d’usage responsable. Mais ces chiffres concernent avant tout les grands groupes et ETI. Pour les PME, la structuration reste très largement à construire.

La pression réglementaire va accélérer les choses : depuis août 2026, l’AI Act européen impose aux entreprises des obligations de compétences sur les systèmes d’IA à haut risque. Former n’est plus seulement une question de performance, c’est une question de conformité.

Le paradoxe du temps de formation

Le Baromètre de la Formation 2025 de Rise Up met en lumière une tension croissante : les collaborateurs ne disposent en moyenne que de 25 minutes par semaine pour apprendre, alors que 44 % des compétences sont amenées à évoluer sous cinq ans (World Economic Forum, Future of Jobs 2025). Le secteur de la formation professionnelle répond à cette contrainte en développant des formats courts, modulaires, directement intégrés au temps de travail.

La visibilité de l’offre reste un angle mort

Malgré les investissements en digitalisation des parcours, seulement 47 % des salariés connaissent l’offre de formation disponible dans leur organisation en 2025 (baromètre Edflex / CNAM Entreprises). Un an plus tôt, ce chiffre était de 60 %. Paradoxalement, ceux qui y participent en sont très satisfaits : la qualité progresse, mais la communication interne reste le maillon faible.

Les soft skills et la logique compétences s’imposent

Le Baromètre Soft Skills 2025 de Lefebvre Dalloz confirme que les compétences comportementales sont désormais perçues comme un socle essentiel, et non plus comme un complément. En parallèle, la logique de compétences prend le pas sur celle des diplômes : les entreprises recherchent avant tout des collaborateurs capables de mobiliser des savoir-faire opérationnels dans des situations réelles.

Ce que ces chiffres révèlent

Le panorama de la formation professionnelle en France pour 2024-2026 est celui d’un secteur à l’heure des arbitrages. Les budgets publics se resserrent (CPF en baisse, France Compétences en retrait), mais les entreprises continuent d’investir directement. Le modèle hybride s’est imposé sans débat. L’IA crée une demande massive mais encore mal satisfaite. Et la compétence réelle — mesurée, contextualisée, opérationnelle — devient la nouvelle boussole du secteur.

Les organisations qui tireront leur épingle du jeu sont celles qui traiteront la formation professionnelle non comme une obligation réglementaire, mais comme un levier de performance directement connecté à l’activité.

Sources : INSEE, DARES (enquête Formation Employeur 2023), France Compétences (rapport annuel 2024), Caisse des Dépôts (Mon Compte Formation), Jaune Budgétaire 2026, Baromètre Edflex 2025, Baromètre Rise Up 2025, Baromètre EY 2025, ISTF, World Economic Forum (Future of Jobs 2025), Xerfi (études organismes de formation 2023–2025), Centre Inffo, Training Orchestra.